Les cérémonies du 11 novembre à Aix en Provence


Le 11 novembre 2014

            Apres l’offensive de la Marne, les Allemands ont certes retraité, mais c’était pour mieux s’installer La guerre entre dans sa phase dite des tranchées et chaque camp va pilonner l’autre, les pertes seront considérables et toute cette région va énormément souffrir.

            Aujourd’hui, il est dans cette région une charmante petite bourgade nommée, "Mons en Laonnois". Au coeur du village la place d’Aix-en-Provence, bordée la Mairie, du monument aux Morts et de la majestueuse église Saint Pierre et saint Paul du Xllle siècle.

            Les Allemands, arrivés en septembre 1914 l’occupèrent plus de quatre ans, le pillèrent, le saccagèrent et eurent des comportements inhumains envers la population.

            En 1920 la Ville d’Aix-en-Provence a aide au retour de la vie a Mons-en-Laonnois. C’est la raison pour laquelle ont été invités, Monsieur le Maire de Mons et son 1er Adjoint.

            Nous avons donc commencé ce 11 novembre comme chaque année, par la Cérémonie départementale a la Nécropole Nationale de Luynes, Présidée par le Préfet et le Gouverneur Militaire. Le cortège a fait une halte pour permettre aux enfants des écoles de Luynes de déposer une fleur sur quelques Tombes, puis ce fut la levée des couleurs, les dépôts de gerbes des autorités accompagnées par les enfants et la sonnerie Aux Morts, toujours aussi poignant. Après le salut des autorités aux Porte-Drapeau, chacun rejoint sa Ville ou son Village.

            A 11 h 00 malgré une pluie tenace et abondante les Aixois se sont rassemblés nombreux devant le tout nouveau Mémorial de la Place Jeanne d’Arc. C’est par la levée des couleurs, dont l’honneur incombe aux jeunes de la Préparation Militaire Marine, que commence la cérémonie.

            Puis comme nous le ferons chaque année du Centenaire, un hommage aux Aixois Morts au combat en 1914, au travers d’un hommage à un Aixois dont nous trouverions un membre de sa famille, encore présent dans la région. Notre choix s’est porté sur le Sergent Paul Vigoureux, dont nous avons appris la parenté avec Le Médecin Général Louis Andre.

            C’est Henri Garric, Président du Comité d’Entente d’Associations d’Anciens Combattants et Patriotiques du Pays d’Aix, qui rappela son parcours :

            << Paul Vigoureux est né le 23 janvier 1889 à Aix-en-Provence au 7 Rue Ste Croix. Il est le fils de Paulin Vigoureux et de Louise Roca- Roque.

            Appelé à l'activité le 4 octobre 1910, il termine son service militaire avec le grade de Sergent fourrier et mis en disponibilité le 25 septembre 1912.

Le 2 aout 1914, comme plus de trois millions d ’hommes, il est rappelé à l'activité et rejoindra le 23ème Bataillon Alpin, unité du 15ème C.A. - IIème Armée.

Le 19 aout 1914, il est porté disparu et décédé à Dieuze, lors de la bataille de Morhange.

            Paul Vigoureux est l’un des I37 Aixois tombés au champ d’honneur entre le 2 août et le 31 décembre 1914, il est de ces quelque 750 soldats dont le nom est gravé sur le marbre du monument aux Morts érigé par leurs veuves au Cimetière St-Pierre...

            Il revient l’honneur, à Gérard Deloche, délégué aux anciens combattants, de rappeler le lien qui uni Aix-en-Provence à Mons-en-Laonnois, puis de donner lecture de la dernière lettre, écrite à ses élèves par un instituteur.

            Puis notre ami, Robert Guyot, Maire de Mons-en-Laonnois, prend la parole pour remercier la population Aixoise de sa générosité, de sa solidarité envers des Montois désespérés et dépourvus de tout :

             Le 28 février I920, le conseil municipal de la ville d’Aix-en- Provence décidait de venir en aide à Mons-en-Laonnois en ces termes : << Ses maisons et ses édifices ont été pillés et détruits : ses habitants sont dépourvus de tout, même des choses les plus essentielles alors que nos populations, plus heureuses, n’ont pas eu a supporter les atteintes de l’occupation. »

             Le coup de tonnerre de 1914, la mobilisation enleva les hommes à Mons comme dans toute la France. Les nouvelles de la guerre ne tardèrent pas à parvenir, excellentes d ’abord, puis douteuses. Enfin, l'invasion attestée par des files de réfugiés qui couraient les routes s’avéra certaine. Dans la nuit du 31 août au 1er septembre, les derniers éléments français défilèrent a Chivy, village voisin. Le mercredi 2 septembre, le même jour qu'à Laon, les Allemands arrivaient a Mons qu’ils devaient occuper pendant plus de quatre ans.

            Quelques jours après leur arrivée, ils manifestèrent leur brutalité dans un drame horrible. Deux vieillards, les frères Thillois, se promenaient sur le chemin de la gare, quand ils aperçurent de loin une bande de dragons qui leur parurent ivres ; ils s ’enfuirent à cette vue, l’un dans un bois et l’autre dans les prés. Un dragon se lança vers ce dernier, le ramena vers la route et l’entraina à travers les rues de Mons au trot de sa bête, en le frappant d ’un nerf de boeuf. ll finit par le tuer dans la grande rue et fît piétiner le cadavre par son cheval.

            L’occupation se poursuivit sans interruption, les troupes venant du front séjournaient à Mons en station de repos. Les réquisitions demeuraient plus pressantes à mesure que l’ennemi manquait du nécessaire. Les personnes elles-mêmes étaient condamnées au travail forcé, soit dans les rues, soit dans les champs.

            Bientôt, les privations nutritives s’ajoutèrent a l’angoisse de l’isolement, à la privation de la liberté et au souci journalier de défendre son bien. L’autorité ennemie laissait tous les 10 jours arriver un convoi de ravitaillement américain mais il ne contenait que 2 ou 3 jours de vivres. En 1916, l ’abbé Moussu, curé, et quelques autres personnalités que le zèle rendait suspectes, furent expulsés. Un hôpital fut établi dans le château et un cimetière militaire se peuplait au lieu-dit de la Canotte.

            Le recul des Allemands au début du printemps de 1917 et l’offensive française rapprochèrent de Mons la ligne de feu. Une pièce de 410 établie près de la ferme de Morteau, proche de la ligne du chemin de fer, tirait sur Soissons mais elle fut très vite réduite au silence. Au mois d’octobre I917, une nouvelle offensive par l’armée allemande porta en quelques heures les Français des hauteurs du Chemin des Dames au bord de l ’Ailette.

            Le I 7 octobre 1917, le village fut a nouveau évacué, la lugubre colonne des habitants chargés d ’un léger bagage s’allongea sur la route, laissant derrière elle, maisons, meubles, champs, commerces, tout ce que les ancêtres avaient lentement et péniblement acquis.

            Les habitants de Mons attendirent a Fourmies, dans le département du Nord, l’heure de la victoire et de la justice qui devait encore se faire attendre un an. Quand ils revinrent chez eux, les Montois qui avaient quitté un village presque intact trouvèrent un chaos effroyable. Toutes les maisons vidées de leurs meubles avaient perdu portes, fenêtres, les parquets étaient arrachés, des toitures manquaient.

L‘église, percée par plusieurs obus, minée par l’ennemi, était veuve de tous ses vitraux historiés. Les rues étaient jonchées d'immondices et de débris, les chemins impraticables.

Ci-dessus, les élus d'Aix en Provence et de Mons en Laonnois

entourant Monsieur le Sous-Préfet.

Cette photo est aussi un hommage à nos deux amis Montois, disparus en cette année 2017, année du Centenaire de département de l'Aisne, avec le douloureux rappel de l'offensive du Chemin des Dames en 1917.

 Madame Maryse Joissains Masini, Maire d’Aix-en-Provence, intervient en ces termes :

            Devons-nous féliciter les Aixois de 1920, depuis le maire de l ’époque, Joseph Jourdan, jusqu’au plus modeste de ses administrés, pour avoir fourni une aide, en argent et en nature, à la commune de Mons-en-Laonnois, dévastée par quatre années de guerre ? 

            Oui, bien sûr. Dans un premiers temps, la Municipalité a voté, en faveur des habitants de Mons, << un premier secours de I0 O00 francs pour soulager leur misère » ; sachant qu’un franc de 1920 vaudrait aujourd'hui environ 1,50 €, l’aide versée par le conseil municipal d'Aix était donc équivalente à I5 000 €, une somme non négligeable pour une commune qui comptait alors 25 O00 habitants. Dans la presse de l’époque, les témoignages abondent de manifestations de générosité émanant du public. Elles permettent de récolter encore de l’argent, des dons en nature, des denrées alimentaires. Les Aixois de I920 ont donc fait preuve, dans leur action collective, d’un sentiment d'humanité qui les honore. 

            Mais je dirais que cette action était évidente, elle allait de soi. On n’imagine pas nos ancêtres se désintéresser du sort d'un village détruit et pillé, dont les habitants manquaient même de draps de lits et de linge. Les Aixois d'alors avaient le choix entre l’égoïsme et la fraternité envers leurs malheureux compatriotes. Autant dire qu’il n y avait pas de choix. 

            Pour conclure cette prise de parole exceptionnelle, c’est le message de Monsieur le Ministre Délégué auprès du Ministre de la Défense, chargé des anciens combattants, qui est lu par Monsieur Serge Gouteyron, Sous-Préfet de l’Arrondissement d’Aix-en-Provence.

            Puis ce fut un important dépôt de gerbes par les différentes autorités, le Souvenir Francais, les Associations d’anciens combattants et les Associations Patriotiques.

            Après quoi la sonnerie "aux Morts" nous ît entrer dans ce silence évocateur de respect, de souvenir et de reconnaissance.

            Une belle Marseillaise lancée par les élèves du Lycée Militaire et reprise en choeur par l’assistance, releva nos drapeaux inclines en hommage à nos morts.